Et il n’en voulait pas. Il souffrait trop de la pensée de faire souffrir.—Comment donc sortir de la tragique impasse? De quelque côté qu’il se tournât, toujours le dilemme insoluble: ou l’illusion mortelle, ou la mort sans illusion.

—Je ne veux ni l’une ni l’autre.

—Que tu le veuilles ou non, plie! La route est fermée.

—Je passerai quand même.

QUATRIÈME PARTIE


Clerambault traversa une nouvelle zone de dangers. Son voyage dans la solitude était pareil à une ascension de montagne, où l’on se trouve subitement enveloppé de brouillards, agrippé au rocher, sans pouvoir avancer. Il ne voyait plus devant lui. De quelque côté qu’il se tournât, il entendait bruire, au fond, le torrent de la souffrance. Et cependant, il ne pouvait rester immobile. Il surplombait l’abîme, et l’appui menaçait de céder.

Il était à un de ces tournants crépusculaires. Par surcroît, en ce jour, les nouvelles du dehors, que la presse aboyait, étreignaient l’âme de leur insanité: hécatombes inutiles, que trouvait naturelles l’égoïsme suggestionné des lecteurs de l’arrière, cruautés de toutes parts, représailles criminelles des crimes,—que les ci-devant braves gens réclamaient et acclamaient. Jamais l’horizon qui enferme les pauvres bêtes humaines dans leur terrier n’avait paru plus sombre et plus dénué de pitié.