—Mais oui, ma belle. Ce serait un péché de rester au logis, par ce matin joli.
Je rentre à l’atelier, je crie aux apprentis:
—Il me faut, mes amis, une pièce de bois, liant, doux, et serré. Je vais voir chez Riou, s’il a dans l’entrepôt quelque beau madrier. Hop! Cagnat! Robinet! Allons faire notre choix.
Eux et moi, nous sortons. Et ma vieille criait. Je dis:
—Chante toujours!
Mais ce dernier conseil n’était pas nécessaire. Quelle musique! Je sifflais, pour renforcer le couplet. Le bon Cagnat disait:
—Eh! maîtresse, on croirait qu’on s’en va-t-en voyage. Dans un petit quart d’heure, on sera de retour.
—Avec ce brigand-là, dit-elle, sait-on jamais!
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* *
Neuf heures alors sonnaient. Nous allions en Béyant, le trajet n’est pas long. Mais au pont de Beuvron, on s’arrête en passant (il faut bien s’informer de la santé des gens), pour saluer Fétu, Gadin et Trinquet dit Beau-Jean, qui commencent leur journée, assis sur la chaussée, à regarder l’eau couler. On devise, un moment, de la pluie et du beau temps. Puis, nous nous remettons en route, sagement. On est hommes de conscience, on va par le plus droit, on ne cause avec personne (il est vrai que sur le chemin, nous ne rencontrons personne). Seulement (on est sensible aux beautés de la nature), on admire le ciel, les jeunes pousses du printemps, dans les fossés des murs un pommier fleurissant, on regarde l’hirondelle, on fait halte, on discute la direction du vent...