—Et c’eût été ainsi tous les jours de la vie!
Elle me saisit la main.
Je dis (cela m’ennuyait d’être venu la voir, pour lui faire des regrets):
—Oh! tu sais, ma Belette, c’est peut-être mieux, tout compte fait, c’est peut-être mieux comme ça est! Tu n’y as rien perdu. Pour un jour, ça va bien. Mais pour toute la vie, je te connais, je me connais, tu en aurais vite assez. Tu ne sais pas quel mauvais diable je fais, chenapan, fainéant, pochard, paillard, bavard, étourdi, entêté, goinfre, malicieux, querelleux, songe-creux, colérique, lunatique, diseur de billevesées. Tu aurais été, ma fille, malheureuse comme les pierres et tu te serais vengée. D’y penser seulement, mes cheveux se hérissent des deux côtés de mon front. Louange à Dieu qui sait tout! Tout est bien comme il est.
Son regard sérieux et madré m’écoutait. Elle hocha du nez et fit:
—Tu dis vrai, Jacquet. Je le sais, je le sais, tu es un grand vaurien. (Elle n’en pensait rien.) Sans doute, tu m’aurais battue; moi, je t’aurais fait cocu. Mais que veux-tu? puisque aussi bien faut être l’un et l’autre en ce monde (c’est écrit dans les cieux), n’eût-il pas mieux valu que ce fût l’un par l’autre?
—Sans doute, fis-je, sans doute...
—Tu n’as pas l’air convaincu.
—Je le suis, dis-je. Tout de même de ce double bonheur faut savoir se passer.
Et me levant, je conclus: