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Vers huit heures du soir, en ville j’arrivai. Sous des nuages d’or le soleil rouge était couché. La nuit commençait à peine. Quelle belle nuit d’été! Mais personne pour en jouir. Pas un badaud et pas un garde, à la porte du Marché. On entrait comme en un moulin. Dans la Grand-Rue, un chat maigre rongeait du pain; se hérissa, quand il me vit, puis détala. Les maisons, aux yeux clos, montraient face de bois. Pas une voix. Je dis:

—Ils sont tous morts. Je suis venu trop tard.

Mais voici, j’entendis que derrière les volets, on épiait, au bruit de mon pas qui sonnait. Je frappai, je criai:

—Ouvrez!

Nul ne bougea. J’allai à une autre maison. Je frappai de nouveau, du pied et du bâton. Nul n’ouvrit. J’entendis, dedans, un frr frr de souris. Maintenant, j’avais compris.

—Ils se terrent, les marmiteux! Feste-Dieu, je m’en vais leur mordre les fesses!

Du poing et du talon, je battis le tambour sur la devanture du libraire, et je criai:

—Hé! vieux frère! Denis Saulsoy, nom de nom! Je vas tout casser. Ouvre donc! Ouvre, chapon, je suis Breugnon.

Aussitôt, comme par magie (on eût dit qu’une fée de sa baguette eût touché les croisées), tous les volets s’ouvrirent, et je vis, tout du long de la rue du Marché, au rebord des fenêtres, alignées tout du long ainsi que des oignons, des faces effarées, qui me dévisageaient. Elles me regardaient, regardaient, regardaient... Je ne me savais pas si beau: je me tâtai. Puis, leurs traits contractés soudain se détendirent. Ils avaient l’air contents.