—J'ai beau me raisonner: pour un rien, je me remets à pleurer... Tiens, tu vois, je recommence... Pardonne-moi. Je suis bête. Je suis vieille. Je n'ai plus de force. Je n'ai plus de goût à rien. Je ne suis plus bonne à rien. Je voudrais être enterrée avec tout cela...
Il la pressait contre son cœur, comme un enfant.
—Ne te tourmente pas, repose-toi, ne pense plus...
Elle s'apaisait peu à peu.
—C'est absurde, j'ai honte... Mais, qu'est-ce que j'ai? Qu'est-ce que j'ai?
Cette vieille travailleuse ne parvenait pas à comprendre pourquoi sa force s'était tout à coup rompue; et elle en était humiliée. Il feignit de ne pas s'en apercevoir.
—Un peu de fatigue, maman, dit-il, tâchant de prendre un ton indifférent. Cela ne sera rien, tu verras...
Mais il était inquiet aussi. Depuis l'enfance, il était habitué à la voir vaillante, résignée, silencieusement résistante à toutes les épreuves. Et cet abattement lui faisait peur.
Il l'aida à ranger les affaires éparses sur le plancher. De temps en temps, elle s'attardait à un objet; mais il le lui prenait des mains doucement, et elle le laissait faire.
À partir de ce jour, il s'obligea à rester davantage avec elle. Dès qu'il avait fini sa tâche, au lieu de s'enfermer chez lui, il venait la rejoindre. Il sentait combien elle était seule, et qu'elle n'était pas assez forte pour l'être: il y avait danger à la laisser.