—Pourquoi n'est-ce pas elle qui est morte, et l'autre qui est vivante?
Il pensa:
—Elle vit, elle m'aime, elle peut me le dire aujourd'hui, demain, toute ma vie;—et l'autre, la seule que j'aime, elle est morte sans m'avoir dit qu'elle m'aimait, je ne lui ai pas dit que je l'aimais, jamais je ne le lui entendrai dire, jamais elle ne le saura...
Et le souvenir lui revint de la dernière soirée: il se rappela qu'ils allaient se parler, quand l'arrivée de Rosa les en avait empêchés. Et il haït Rosa...
La porte du bûcher se rouvrit. Rosa appela Christophe à voix basse, le chercha à tâtons. Elle lui prit la main. Il éprouvait une aversion au contact de sa main: il se le reprochait vainement, c'était plus fort que lui.
Rosa se taisait: la profondeur de sa compassion lui avait appris le silence. Christophe lui sut gré de ne point troubler son chagrin par des paroles inutiles. Pourtant il voulait savoir... elle était la seule qui pût lui parler d'elle. Il demanda tout bas:
—Quand est-elle...?
(Il n'osait dire: morte.)
Elle répondit:
—Il y a eu samedi huit jours.