—Veille et prie.

—Je ne crois plus.

Gottfried sourit:

—Tu ne vivrais pas, si tu ne croyais pas. Chacun croit. Prie.

—Prier quoi?

Gottfried lui montra le soleil, qui paraissait dans l'horizon rouge et glacé:

—Sois pieux devant le jour qui se lève. Ne pense pas à ce qui sera dans un an, dans dix ans. Pense à aujourd'hui. Laisse tes théories. Toutes les théories, vois-tu, même celles de vertu, sont mauvaises, sont sottes, font le mal. Ne violente pas la vie. Vis aujourd'hui. Sois pieux envers chaque jour. Aime-le, respecte-le, ne le flétris pas surtout, ne l'empêche pas de fleurir. Aime-le, même quand il est gris et triste, comme aujourd'hui. Ne t'inquiète pas. Vois. C'est l'hiver maintenant. Tout dort. La bonne terre se réveillera. Il n'y a qu'à être une bonne terre, et patiente comme elle. Sois pieux. Attends. Si tu es bon, tout ira bien. Si tu ne l'es pas, si tu es faible, si tu ne réussis pas, eh bien, il faut encore être heureux ainsi. C'est sans doute que tu ne peux davantage. Alors, pourquoi vouloir plus? Pourquoi te chagriner de ce que tu ne peux pas faire? Il faut faire ce qu'on peut... Als ich kann.

—C'est trop peu, dit Christophe, en faisant la grimace.

Gottfried rit amicalement:

—C'est plus que personne ne fait. Tu es un orgueilleux. Tu veux être un héros. C'est pour cela que tu ne fais que des sottises... Un héros! Je ne sais pas trop ce que c'est; mais, vois-tu, j'imagine: un héros, c'est celui qui fait ce qu'il peut. Les autres ne le font pas.