—Vois-tu quelle chose admirable est le métier de musicien? Créer ces spectacles merveilleux, y a-t-il rien de plus glorieux? C'est être Dieu sur terre.
Le petit fut saisi. Quoi! c'était un homme qui avait créé cela! Il n'y avait pas songé. Il lui semblait presque que cela s'était fait tout seul, que c'était l'œuvre de la nature... Un homme, un musicien, comme il serait un jour! Oh! être cela un jour, un seul jour! Et puis après... Après, tout ce qu'on voudra! mourir, s'il faut! Il demanda:
—Qui est-ce, grand-père, celui qui a fait cela?
Grand-père lui parla de François-Marie Hassler, un jeune artiste allemand, qui habitait Berlin, et qu'il avait connu jadis. Christophe écoutait, tout oreilles. Brusquement, il dit:
—Et toi, grand-père?
Le vieux eut un tressaillement.
—Quoi? demanda-t-il.
—Est-ce que tu en as fait, toi aussi, de ces choses?
—Certainement, fit le vieux, d'une voix fâchée.
Il se tut; et après quelques pas, il soupira profondément. C'était une des douleurs de sa vie. Il avait toujours désiré écrire pour le théâtre, et l'inspiration l'avait toujours trahi. Il avait bien dans ses cartons un ou deux actes de sa façon; mais il conservait si peu d'illusion sur leur valeur qu'il n'avait jamais osé les soumettre au jugement de personne.