—Est-ce qu'elle a vu ma mère?
—Oui. Voilà la lettre. Et elle voulait venir; mais on l'a arrêtée aussi.
—Alors, comment as-tu pu?
—Voilà: elle est rentrée au village, sans que la police l'ait vue; et elle allait repartir. Mais Irmina, la sœur de Gertrude, l'a dénoncée. On est venu pour la prendre. Alors, quand elle a vu venir les gendarmes, elle est montée dans sa chambre, et elle leur a crié qu'elle descendait tout de suite, qu'elle s'habillait. Moi, j'étais dans la vigne, derrière la maison; elle m'a appelée tout bas par la fenêtre: «Lydia! Lydia!» Je suis venue; elle m'a passé votre valise et la lettre que votre mère lui avait données; et elle m'a expliqué où je vous trouverais; elle m'a dit de courir et de ne pas me laisser prendre. J'ai couru, et me voilà.
—Elle n'a rien dit de plus?
—Si. Elle m'a dit de vous remettre aussi ce fichu, pour vous montrer que je venais de sa part.
Christophe reconnut le fichu blanc, à pois rouges et fleurs brodées, que Lorchen, en le quittant, la veille, avait noué autour de sa tête. L'invraisemblance naïve du prétexte, dont elle s'était servie pour lui envoyer ce souvenir amoureux, ne le fit pas sourire.
—Maintenant, fit la petite, voilà l'autre train qui remonte. Il faut que je rentre chez nous. Bonsoir.
—Attends donc, dit Christophe. Et l'argent pour venir, comment as-tu fait?
—Lorchen me l'a donné.