—Prends tout de même, dit Christophe, lui mettant quelques pièces dans la main.

Il retint par le bras la petite qui voulait se sauver.

—Et puis,... fit-il.

Il se pencha, et l'embrassa sur les deux joues. La fillette faisait mine de protester.

—Ne te défends donc pas, dit Christophe. Ce n'est pas pour toi.

—Oh! je sais bien, fit la gamine, railleuse, c'est pour Lorchen.

Ce n'était pas seulement Lorchen, que Christophe embrassait sur les joues rebondies de la petite vachère: c'était toute son Allemagne.

La petite s'échappa, et courut vers le train qui partait. Elle resta à la portière et lui fit des signaux avec son mouchoir, jusqu'à ce qu'elle ne le vît plus. Il suivit des yeux la rustique messagère, qui venait de lui apporter, pour la dernière fois, le souffle de son pays et de ceux qu'il aimait.

Quand elle eut disparu, il se trouva tout à fait seul, cette fois, étranger sur une terre étrangère. Il tenait à la main la lettre de sa mère et le fichu amoureux. Il serra celui-ci sur sa poitrine, et il voulut ouvrir la lettre; mais sa main tremblait. Qu'allait-il lire? Quelle souffrance allait-il trouver? ... Non, il ne supporterait pas le reproche douloureux, qu'il croyait déjà entendre: il reviendrait sur ses pas.

Il déplia enfin la lettre et lut: