—Il ne faut plus qu'il y ait rien de caché entre nous. Voyez-vous, je ne crois plus beaucoup au mariage. Le mien, je le sais, n'est pas un exemple suffisant. Mais j'ai réfléchi et regardé autour de moi. Ils sont rares, les mariages heureux. C'est un peu contre nature. On ne peut enchaîner ensemble les volontés de deux êtres qu'en mutilant l'une d'elles, sinon toutes les deux; et ce ne sont même point là, peut-être, des souffrances où l'âme ait profit à être trempée.

—Ah! dit-il, j'y vois une si belle chose, au contraire, l'union de deux sacrifices, deux âmes mêlées en une!

—Une belle chose, dans votre rêve. En réalité, vous souffririez plus que qui que ce soit.

—Quoi! vous croyez que je ne pourrai jamais avoir une femme, une famille, des enfants?... Ne me dites pas cela! Je les aimerais tant! Vous ne croyez pas ce bonheur possible pour moi?

—Je ne sais pas. Je ne crois pas... Peut-être avec une bonne femme, pas très intelligente, pas très belle, qui vous serait dévouée, et ne vous comprendrait pas.

—Que vous êtes mauvaise!... Mais vous avez tort de vous moquer. C'est bon, une bonne femme, même qui n'a pas d'esprit.

—Je crois bien! Voulez-vous que je vous en trouve une?

—Taisez-vous, je vous prie, vous me percez le cœur. Comment pouvez-vous parler ainsi?

—Qu'est-ce que j'ai dit?

—Vous ne m'aimez donc pas du tout, pas du tout, pour penser à me marier avec une autre?