Il avait le cœur gonflé d'émotion.

—Vous avez souffert, dit-il.

—Vous aussi, fit-elle avec pitié, en regardant son visage ravagé par la peine et par la passion.

Ils ne trouvèrent plus de mots.

—Je vous en prie, dit-il après un instant, allons ailleurs! Est-ce que nous ne pouvons pas nous parler dans un lieu où nous soyons seuls?

—Non, mon ami, restons, restons ici, nous sommes bien. Qui fait attention à nous?

—Je ne suis pas libre de parler.

—Cela est mieux, ainsi.

Il ne comprit pas pourquoi. Plus tard, quand il repassa l'entretien dans sa mémoire, il pensa qu'elle n'avait pas confiance en lui. Mais c'était qu'elle avait une peur instinctive des scènes d'émotion; elle cherchait un abri contre les surprises de leurs cœurs; même, elle aimait la gêne de cette intimité dans un salon d'hôtel, qui protégeait la pudeur de son trouble secret.

Ils se dirent, à mi-voix, avec de fréquents silences, les grandes lignes de leur vie. Le comte Berény avait été tué en duel, quelques mois auparavant; et Christophe comprit qu'elle n'avait pas été très heureuse avec lui. Elle avait aussi perdu un enfant, son premier-né. Elle évitait toute plainte. Elle détourna l'entretien d'elle-même, pour interroger Christophe, et elle témoigna, au récit de ses épreuves, une affectueuse compassion.