Elle fixait, en parlant, les herbes à ses pieds; elle prenait bien garde de ne pas voir Roger. Mais, tandis qu’elle parlait, elle entendait sa respiration qui haletait, et elle eut grand’peine à aller jusqu’au bout. Quand elle eut achevé, elle se risqua à le regarder. Elle fut saisie, à son tour. Le visage de Roger était comme d’un homme qui se noie: rouge, soufflant bruyamment; il n’avait pas la force de crier. Il agita gauchement ses mains crispées, chercha, retrouva son souffle, gémit:

—Non, non, non, non, je ne peux pas, je ne peux pas...

Et il éclata en sanglots.

D’un champ à la lisière, on entendait venir la voix d’un paysan, le soc d’une charrue. Annette, bouleversée, prit Roger par le bras, l’entraîna hors du chemin, dans les taillis, plus loin, au milieu de la forêt. Roger, sans force, se laissait conduire, répétant:

—Je ne peux pas, je ne peux pas... Mais qu’est-ce que je vais devenir?...

Elle essayait tendrement de le faire taire. Mais il était submergé par son désespoir: la douleur de son amour, celle de son amour-propre, l’humiliation publique, la ruine du bonheur qu’il s’était promis, tout se mêlait à la fois; ce grand enfant gâté par la vie, qui n’avait jamais vu les choses résister à ses désirs, s’effondrait dans cette défaite: c’était une catastrophe, un écroulement de toutes ses certitudes; il perdait foi en lui, il perdait pied, il n’avait plus où se prendre. Annette, touchée de ce grand chagrin, disait:

—Mon ami... mon ami... Ne pleurez pas!... Vous avez, vous aurez une belle vie... vous n’avez pas besoin de moi...

Il continuait de gémir:

—Je ne peux pas me passer de vous. Je ne crois plus à rien... Je ne crois plus à ma vie...

Et il se jeta à genoux: