—Restez! restez!... Je ferai ce que vous voulez... tout ce que vous voudrez...

Annette savait bien qu’il promettait ce qu’il ne pourrait tenir, mais elle était attendrie. Elle répondit doucement:

—Non, mon ami, vous le dites sincèrement; mais vous ne le pourriez pas, ou vous en souffririez, et j’en souffrirais aussi; la vie nous serait un conflit perpétuel...

Quand il vit qu’il ne pouvait ébranler sa résolution, il eut une crise de larmes, à ses pieds, comme un enfant. Annette était pénétrée de pitié et d’amour. Son énergie se fondait. Elle voulait se raidir, mais elle ne pouvait résister à ces pleurs. Elle ne pensait plus à elle; elle ne pensait plus qu’à lui. Elle caressait cette chère tête appuyée contre ses jambes, elle lui disait des mots tendres. Elle releva son grand garçon désolé, elle lui essuya les yeux avec son mouchoir, elle le reprit par le bras, elle le força à marcher. Il était si prostré qu’il se laissait faire et ne savait que pleurer. Les branches d’arbres, au passage, leur fouettaient le visage. Ils allaient dans les bois, sans voir, sans savoir où. Annette sentait monter l’émotion et l’amour. Elle disait, en soutenant Roger:

—Ne pleurez pas!... mon chéri... mon petit... Cela me déchire... Je ne peux pas le supporter... Ne pleure pas!... Je vous aime... Je t’aime, mon pauvre petit Roger...

Il disait:

—Non...! au milieu de ses pleurs.

—Si! je t’aime, je t’aime, mille fois plus que tu ne m’as jamais aimée... Que veux-tu que je fasse?... Ah! je ferais... Roger, mon Roger...

Et voici qu’en marchant, à la sortie du bois, ils se trouvèrent à la clôture de la propriété des Rivière, près de la vieille maison. Annette reconnut... Elle regarda Roger... Et soudain, la passion envahit tous ses membres. Un vent de feu. Une griserie des sens, comme l’ivresse d’un acacia en fleurs... Elle courut vers la porte, tenant Roger par la main. Ils entrèrent dans l’habitation déserte. Les volets étaient clos. Au sortir de la pleine lumière, ils furent aveuglés. Roger se heurtait aux meubles. Sans vue et sans pensée, il se laissait guider par la main brûlante qui le menait, dans la nuit des pièces du rez-de-chaussée. Annette n’hésitait pas, son destin l’entraînait... Dans la chambre du fond, la chambre des deux sœurs, où de l’automne passé flottait encore l’arôme de leurs deux corps, vers le grand lit, où toutes deux avaient dormi, elle alla avec lui; et, dans une passion de pitié et de volupté,—elle se donna.

Quand ils se réveillèrent de leur foudroyante ivresse, leurs yeux s’étaient faits à l’ombre. La chambre semblait claire. Par les fentes des volets, des rais de lumière dansaient, leur rappelant la belle journée du dehors. Roger couvrait de baisers le corps d’Annette dévêtue; il disait sa reconnaissance en paroles éperdues...