Elle s’inquiétait de l’idée qu’elle pourrait rencontrer «l’autre».

Sylvie lut en elle:

—Oui, oui, on sera seules, dit-elle, indulgente, avec une pointe d’ironie. Elle expliqua tranquillement que l’ami était allé passer deux ou trois jours en province, dans sa famille. Annette avait rougi que Sylvie l’eût devinée. Elle ne se souvenait plus que, la veille, le matin, elle était résolue à lui marquer sa désapprobation morale. En fait de morale, elle ne vit plus qu’une chose: «Ce soir, il ne serait pas là».

—Quel bonheur! on pourra passer toute la soirée ensemble.

Elle le dit, en tapant des mains. Sylvie balança son pied, comme si elle allait danser, grimaça de plaisir, dit:

—Tout le monde est content.

prit un air distingué, parce qu’un monsieur venait d’entrer, dit:

—Au revoir, ma chère, et fila comme un trait.

Elles se retrouvèrent, quelques heures plus tard, dans la sortie de l’essaim baguenaudeur.—Babillant, lorgnant, trottant, achevant de se coiffer devant un miroir de poche, ou devant la glace du coin, les petites cousettes se retournaient en passant, et, de leurs yeux battus, vifs et curieux, dévisageaient Annette,—encore dix pas plus loin, trottant, lorgnant, babillant, se retournaient pour regarder Sylvie qui embrassait Annette. Et Annette avait peine, en voyant que Sylvie avait bavardé.

Elle emmena sa sœur dîner à Boulogne. Sylvie s’était invitée. Pour épargner la tante, qui eût fait des «Oh!», des «Ah!», il fut convenu en route que Sylvie serait présentée, à titre d’amie. Ce qui ne l’empêcha pas, à la fin du dîner, quand la vieille dame se retira dans sa chambre, conquise par les gentillesses de la petite rusée, de l’appeler: «Ma tante», comme par jeu familier...