—Je t’ai haïe!...
d’un accent si emporté qu’elle s’arrêta, saisie du son de sa voix. Sylvie, beaucoup moins émue, mais très intéressée, sentait contre sa joue frémir la main d’Annette, et pensait:
—Il y en a du feu, là dedans!
Annette avait repris la suite des aveux qui lui coûtaient. Et Sylvie se disait:
—Est-elle drôle de tout me raconter!
Mais elle sentait croître pour l’étrange grande sœur un respect, certes moqueur, mais infiniment tendre, qui lui faisait frotter câlinement son visage contre la paume fraternelle...
Annette, dans son récit, en était venue au point où l’attrait de la sœur inconnue s’était emparé d’elle, malgré sa résistance, et où, pour la première fois, elle avait vu Sylvie. Mais ici, la franchise ne put vaincre l’émotion de son cœur. Elle essaya de poursuivre, s’arrêta et, renonçant, elle dit:
—Je ne puis plus...
Le silence se fit. Sylvie souriait. Elle se souleva, rapprocha son visage de celui de sa sœur, et, lui pinçant le menton, elle lui souffla tout bas:
—Tu es une grande amoureuse.