—Qu’est-ce que tu préfères? Aimes-tu mieux le beau dédain, ou bien que l’on t’admire?...
Elle connaissait l’homme: animal vaniteux. Tullio adorait l’encens. Elle lui en servit bonne mesure. Avec une impudence ingénue et tranquille, la petite rouée fit le tour des perfections du jeune Gattamelata de palace-hôtel:—corps, esprit, et vêture. Vêture principalement: car, comme elle le pensait, c’était à quoi il tenait le plus. Tout hommage lui plaisait. Certes. Mais qu’il fût beau, on ne le lui apprenait pas; et quant à son esprit, son grand nom lui en était une garantie certaine. Mais son habillement était son œuvre personnelle; et il était sensible au suffrage d’une experte Parisienne. De son œil connaisseur, qui s’égayait en secret de certaines naïvetés de goût fort éclatant, Sylvie l’admirait tout, du haut en bas. Annette en rougissait, de honte et de colère; la ruse de la petite lui semblait si grossière qu’elle se demandait:
—Se peut-il qu’il le supporte?
Il le supportait très bien: Tullio buvait du lait. Quand d’échelon en échelon, elle fut descendue de la cravate orange à la ceinture lilas, aux chaussettes vert et or, Sylvie fit un arrêt: elle avait son idée! Tout en s’extasiant sur la finesse des pieds de Tullio—(il en était très fier)—elle exhiba les siens, qui étaient fort jolis. Avec une coquetterie gamine, elle les rapprocha de ceux de Tullio, elle les compara, en découvrant sa jambe du talon au genou. Puis, se tournant vers Annette, dédaigneuse, renversée dans son rocking-chair, elle dit, avec un sourire délicieux:
—Chérie! fais voir aussi les tiens!
Et, d’un geste rapide, elle les dégagea bien, avec le fût des chevilles ensablées et les colonnes un peu lourdes des jambes. Deux secondes seulement. Annette arracha la petite griffe maligne, qui se retirait, contente. Tullio avait vu...
Elle n’en resta point là. Toute la matinée, elle s’ingénia à des rapprochements, qui ne semblaient point voulus, et d’où Annette ne sortait pas à son avantage. Sous prétexte d’en appeler au goût supérieur de Tullio, à propos d’un collet, d’une blouse, ou d’une écharpe, elle s’arrangeait de manière à attirer son attention sur ce qu’elle n’avait pas de plus laid, et sur ce qu’Annette n’avait pas de plus beau. Annette, frémissante, l’air de ne pas entendre, se tenait à quatre de ne pas l’étrangler. Sylvie, toujours charmante, entre deux petites rosseries, de ses doigts joints sur sa bouche lui décochait un baiser. Mais, par instants, un éclair de leurs yeux se heurtait...
(Annette)—«Je te méprise!»
(Sylvie)—«Possible. Mais c’est moi qu’on aime.»
—«Non! Non!» criait Annette.