Leurs mains palpaient, dans les ténèbres, les joues et les cheveux, se promenaient sur la nuque, le cou et les épaules, reprenaient possession du bien, de l’amie perdue.

—Chérie! s’exclama Sylvie, sentant les épaules nues, tu n’as pas ton manteau! tu n’as rien pour te couvrir!...

Annette s’aperçut qu’elle n’avait en effet que sa robe de soirée; et le froid la saisit: elle frissonna.

—Tu es folle! tu es folle! criait Sylvie, l’enveloppant, la serrant dans sa cape. Et ses mains, qui continuaient, tout le long, leur inspection, constataient les dégâts.

—Ta robe est déchirée... Mais qu’est-ce que tu as fait? Qu’est-ce qui est arrivé?... Et tes cheveux sur tes joues... Et ici, et ici, qu’est-ce que tu as au front?... Annette, tu es tombée?...

Annette ne répondait pas. Elle s’abandonnait, la bouche sur l’épaule de Sylvie, et pleurait. Sylvie la fit asseoir près d’elle sur un talus de la route. La lune, franchissant la barrière des monts, vint éclairer Annette au front blessé, que Sylvie couvrait de baisers.

—Dis-moi ce que tu as fait... Dis-moi ce qui s’est passé..... Mon trésor, mon petit loup, j’ai été si inquiète quand je suis remontée dans ta chambre et que je ne t’ai pas trouvée!... Je t’ai appelée partout... Je te cherche depuis une heure... Ah! j’étais malheureuse!... Je craignais, je craignais... je ne peux pas dire ce que je craignais... Pourquoi es-tu partie? Pourquoi t’es-tu sauvée?...

Annette ne voulait pas répondre.

—Je ne sais pas, disait-elle, j’avais mal, je voulais... marcher, respirer...

—Non, tu ne dis pas vrai. Annette, dis-moi tout!...