Elle souriait, mais elle fit encore un gros soupir. Sylvie, toujours à genoux, lui prit entre ses mains le visage, et en approchant le sien:

—Je te défends de soupirer!... Vilaine! Si tu soupires comme ça, je ne pourrai plus partir. Je ne suis pas un petit bourreau.

—Non, chérie, tu n’es pas... J’ai tort, je ne le ferai plus... Mais ce n’était pas pour te blâmer. C’est qu’on va se quitter.

—Se quitter!... Par exemple!... Vilaine!... On se verra, tous les jours. Tu viendras. Je viendrai. Tu me gardes ma chambre. Est-ce que tu as la prétention, par hasard, de me la reprendre? Non, non, elle est à moi, je ne te la rends pas. Quand je serai fatiguée, je compte bien m’y faire gâter. Et tu sais, certains soirs, où tu ne m’attendras pas, à des heures indues, j’arrive, j’ai la clef, j’entre et je te surprends... Gare, si tu fais des farces!... Tu verras, tu verras, on s’aimera encore plus; ce sera encore meilleur... Se quitter!... Penses-tu que je voudrais te quitter, que je pourrais me passer de mon Annette jolie!

—Ah! câline! mâtine! disait Annette, en riant, comme elle s’entend bien à vous enjôler! Sacré petit menteur!

—Annette! veux-tu pas jurer! faisait Sylvie, sévère.

—Eh bien! menteur tout court... Est-ce que c’est permis?

—Oui, ça, ça peut aller, disait Sylvie, magnanime...

Elle sautait au cou d’Annette, et l’embrassait à l’étouffer.

—Je te mens, je te mens, je te mange!...