—Vous êtes, reprit Marcel, une indépendante, qui ne peut rester seule. C’est la loi de nature. Vous la sentez plus vive, parce que vous êtes plus vivante.

—Oui, vous me comprenez! Vous me comprenez mieux que lui. Mais...

—Mais c’est lui que vous aimez.

Nulle amertume dans le ton. Très amicalement, ils se dévisageaient, amusés de cette curieuse nature humaine.

—Ce n’est pas facile de vivre, dit Annette, de vivre à deux.

—Mais si, ce serait bien facile, si l’on ne s’était ingénié, depuis des siècles, à se compliquer la vie par des gênes réciproques. Il n’y a qu’à les rejeter. Mais naturellement, notre excellent Roger, comme tout bon vieux Français, n’en conçoit pas l’idée. Ils se croiraient perdus, s’ils ne sentaient plus sur eux les gênes du passé. «Où il n’y a pas de gêne, il n’y a pas de plaisir...», surtout lorsqu’en étant gêné, on gêne son voisin.

—Comment vous, concevez-vous donc le mariage?

—Comme une association intelligente d’intérêts et de plaisirs. La vie est une vigne qu’on exploite en commun: ensemble, on la cultive et l’on fait les vendanges. Mais on n’est pas forcés de boire son vin, tous deux, toujours en tête à tête. Une mutuelle complaisance qui demande et donne à l’autre la grappe de plaisir, dont on dispose, chacun, et qui le laisse discrètement achever sa cueillette ailleurs.

—Vous voulez parler, dit Annette, de la liberté de l’adultère?

—Le vieux mot périmé! Je veux parler, dit Marcel, de la liberté amoureuse, la plus essentielle de toutes.