—C’est celle qui m’importe le moins, dit Annette. Le mariage n’est pas pour moi un carrefour, où l’on se donne à tous les passants. Je me donne à un seul. Le jour où je cesserais de l’aimer et où j’aimerais un autre, je me séparerais du premier; je ne me partagerais pas entre eux, et je ne supporterais pas le partage.

Marcel fit un geste ironique, qui semblait dire:

—Quelle importance?...

—Voyez-vous, mon ami, dit Annette, au bout du compte, je suis plus loin de vous encore que de Roger.

—Vous êtes donc aussi, demanda Marcel, de la bonne vieille école: «Gênons-nous les uns les autres»?

—La seule grandeur du mariage, dit Annette, est l’amour unique, la fidélité de deux cœurs. S’il la perd, que lui reste-t-il, en dehors de quelques avantages pratiques?

—Ce n’est pas rien, fit Marcel.

—Ce n’est pas assez, dit Annette, pour compenser ses sacrifices.

—Si vous jugez ainsi, de quoi vous plaignez-vous? Vous rivez vos fers, dont on essaie de vous délivrer.

—La liberté que je veux, dit Annette, n’est pas celle du cœur. Je me sens assez forte pour le garder intact à qui je l’ai donné.