—Que pourriez-vous me dire maintenant qui me surprît? Depuis tant de jours que nous sommes ensemble, ne nous sommes-nous pas tout dit?
—Je n’ai guère eu, pour ma part, qu’à dire amen, fit Annette, en riant. C’est toujours vous qui parlez.
—Oh! la méchante! fit Roger. Est-ce que ce n’est pas de vous que je parle?
—Oui, c’est aussi de moi. Et même, vous parlez pour moi.
—Vous trouvez que je parle tant? dit Roger naïvement.
Annette se mordit les lèvres.
—Non, non, mon cher Roger, j’aime quand vous parlez. Mais quand vous parlez de moi, je reste à vous écouter; et c’est si beau, si beau, que je dis: «Ainsi soit-il!» Mais cela n’est pas ainsi.
—Vous êtes la première femme qui se plaigne que son portrait soit beau.
—J’aimerais mieux qu’il fût moi. Ce n’est pas un beau portrait, Roger, que vous allez accrocher dans votre maison de famille. Je suis une femme vivante, qui a ses volontés, ses passions, ses pensées. Êtes-vous sûr qu’elle pourra entrer chez vous, avec tout son bagage?
—Je la prends, les yeux fermés.