—Naturellement! Vous ne pouvez pas moins. Mais je ne vous demande pas combien, je vous demande comment vous m’aimez... Oui, je sais que vous me voulez; mais qu’est-ce que vous voulez en faire, au juste, de votre Annette?

—La moitié de moi-même.

—Voilà bien!... C’est que, voyez-vous, mon ami, je ne suis pas une moitié. Je suis une Annette tout entière.

—C’est une façon de parler. Je veux dire que vous êtes moi, et que je suis vous.

—Non, non, ne soyez pas moi! Roger, laissez-moi l’être!

—En unissant nos vies, n’en ferons-nous pas la même?

—C’est cela qui m’inquiète. J’ai peur de ne pas pouvoir être tout à fait la même.

—Qu’est-ce qui vous trouble, Annette? Qu’est-ce que ces idées? Vous m’aimez, n’est-ce pas? Vous m’aimez? C’est l’essentiel! Ne vous inquiétez pas du reste. Le reste me regarde. Vous verrez, j’arrangerai—moi et les miens qui seront vôtres—nous arrangerons si bien votre vie que vous n’aurez rien à faire qu’à vous laisser porter.

Annette regardait à terre, et dessinait sur le sol des lettres avec le bout de son pied. Elle souriait:

(—Il ne comprenait pas du tout, ce cher garçon...)