Au lieu d’être touché, il prit un air piqué:

—Vous trouvez que vous la jetez au hasard? Est-ce qu’elle sera perdue? Est-ce qu’elle n’aura point là un beau, un très bel emploi?

—Beau, sans doute... Mais lequel? Qu’est-ce que vous m’offrez?

Il décrivit avec feu, une fois de plus, sa carrière politique, l’avenir qu’il rêvait, ses grandes ambitions personnelles et sociales. Elle l’écouta parler; puis, l’arrêtant doucement au milieu, (car d’un pareil sujet il n’était jamais las):

—Oui, Roger, dit-elle. Certainement. C’est très, très intéressant. Mais pour vous dire la vérité,—ne soyez pas froissé!—je ne crois pas autant que vous en cette cause politique à laquelle vous vous consacrez.

—Quoi! vous n’y croyez pas? Vous y croyiez pourtant, lorsque je vous en parlais, dans les premiers temps que je vous vis à Paris...

—J’ai un peu changé, dit-elle.

—Qu’est-ce qui vous a fait changer?... Non, non, ce n’est pas possible... Vous changerez encore. Ma généreuse Annette ne peut pas se désintéresser de la cause du peuple, du renouveau social!

—Mais je ne m’en désintéresse pas, dit-elle. Ce dont je me désintéresse, c’est de la cause politique.

—L’une et l’autre se confondent.