—Je l'ai.

Elle vit le front de l'autre rougir étrangement. Elle s'attendait à une parole violente. Mais Ruth ne dit rien. Annette continua son chemin; et l'autre la suivit. Elles descendirent l'escalier. Arrivée dans la rue, Annette, se retournant, jeta un regard rapide sur sa rivale défaite; et l'air abattu de Ruth la remua. Malgré ses résolutions d'être dure, elle revint, et lui dit:

—Je regrette. Il faut vivre.

—Oh, je sais bien, dit l'autre. Aux uns la chance! Moi, je n'en ai jamais.

Le ton était tout autre. Abattement sans animosité. Annette fit un geste pour lui prendre la main; mais Ruth retira la sienne.

—Voyons, ne vous affectez pas! Un jour, c'est l'une qui perd; un autre jour, c'est l'autre.

—Moi, c'est tous les jours.

Annette lui rappela leur première rencontre, où Ruth avait pris la place. Ruth ne répondit pas et cheminait, l'air morne, à côté d'Annette.

—Est-ce que je ne peux pas vous aider? dit Annette.

La rougeur de nouveau se montra au front. Fierté blessée, émotion? Ruth dit sèchement: