Le heurt se produisit. Il ne fut pas long. Dès la première passe, la concurrente était knock out... Comme elle avait vieilli! Annette fut frappée du ravage. Elle avait gardé le souvenir d'une brunette aux joues colorées, semées de deux ou trois petits grains noirs, comme un pain aux raisins, solide paysanne, de taille courte, ramassée, le visage dessiné d'un trait fin et sec, qui n'eût pas manqué d'un certain agrément sans un air de maussaderie,—le front obstiné, les mouvements brusques, toujours pressée. Elle retrouvait une figure maigre et crispée, le regard dur, la bouche amère, les joues creusées, jeune et flétrie comme une herbe brûlée.

Le poste disputé était un secrétariat chez un ingénieur: il n'exigeait que deux matinées de présence par semaine, pour dépouiller la correspondance d'affaires et recevoir les visiteurs. Annette rencontra Ruth Guillon dans l'antichambre, et leurs yeux hostiles se croisèrent. Ruth Guillon dit:

—Vous venez pour cette place. Elle m'a été promise.

Annette dit:

—Elle ne m'a pas été promise. Mais je viens pour cette place.

—C'est inutile, puisqu'elle sera à moi.

—Utile ou non, je viens. Elle sera à qui l'aura.

Après un instant, Annette fut appelée dans le cabinet de l'ingénieur, et choisie. Elle était connue pour une travailleuse exacte et intelligente.

En sortant, elle se heurta à Ruth, et passa froidement. Ruth l'arrêta, demandant:

—Vous l'avez?