—Qui? demanda Annette, saisie.

—Vous savez!

—Mais...

—Vous savez, vous savez! Et je sais que vous l'aimez. Et je sais qu'il vous aime... Pourquoi me l'avez-vous pris?

Nouveaux pleurs. Annette, le cœur serré, entendait Noémi plaintivement rappeler la confiance, l'affection qu'elle lui avait donnée; et elle ne pouvait répondre, car elle-même s'accusait; et ces reproches douloureux, dénués de violence, frappaient juste. Cependant, comme Noémi disait avec amertume qu'Annette avait abusé de son amitié pour la tromper, elle essaya de se disculper, disant comment l'amour était venu malgré elle et l'avait subjuguée. Noémi, pour qui ces aveux étaient sans charme, chercha à les détourner; et, feignant d'aider Annette à se justifier, elle parut croire que Philippe était le principal coupable; elle en parla outrageusement. C'était soulager sa rancune, et tâcher de le rendre odieux, au moins suspect, à Annette. Mais celle-ci prit sa défense. Elle n'admettait point qu'on accusât Philippe de l'avoir provoquée. Il avait été franc. Elle, elle seule avait commis la faute de l'empêcher de parler. Et Noémi, haineuse, redoublant ses accusations, Annette lui tint tête. Le débat se fit âpre. On eût dit que des deux la vraie femme de Philippe fût Annette. Et brusquement, Noémi sans doute en prit conscience: elle perdit toute prudence et, reprise de rage, cria:

—Je vous défends de parler de lui! Je vous défends!... Il est à moi.

Annette, haussant les épaules, dit:

—Il n'est ni à vous, ni à moi. Il est à lui.

Avec emportement, Noémi répéta:

—Il est à moi!