Et elle revendiqua ses droits.

Annette dit durement:

—En amour, il n'y a pas de droits.

Noémi, de nouveau, cria:

—Je l'ai, et je le tiens.

Annette répliqua:

—Il m'a. Vous ne tenez rien.

Les deux femmes se fixaient avec inimitié. Annette, cuirassée d'égoïsme et de dureté. Noémi, brûlante de souffleter Annette. Elle la haïssait toute, de la tête aux pieds. Elle fut près d'insulter sa laideur, de la flageller des mots les plus cruels, des mots irrémédiables. C'eût été une jouissance... Mais elle s'arrêta net: elle y eût trop perdu!...

Et se baissant vivement pour ramasser son sac tombé à ses pieds, elle en arracha le revolver et elle le dirigea... contre qui?... Elle ne savait pas encore... Contre elle-même!... C'était d'abord une feinte; mais Annette s'étant précipitée pour lui saisir le bras, elle se prit à son jeu. Les deux femmes luttaient, Noémi tombée à genoux, Annette courbée sur elle. Il n'était pas facile de maintenir la petite désespérée. Elle voulait vraiment se tuer, à présent... Quoique si l'arme eût effleuré la poitrine d'Annette, avec quelle volupté elle eût tiré!... Mais Annette fit dévier le poignet, le coup partit, logeant la balle dans le mur. Et Noémi ne sut jamais qui des deux elle avait visée...

Elle avait lâché l'arme, et elle ne luttait plus. La réaction nerveuse était venue. Elle s'abandonnait maintenant, sanglotante et prostrée, aux pieds d'Annette; elle eut une crise de nerfs. L'intuitive Annette avait eu le soupçon, au début, que Noémi jouait la comédie... jusqu'à un certain point—(mais sait-on jamais jusqu'à quel point?)—Et elle s'irritait sourdement de ce chantage au suicide... Mais le moyen de douter de la souffrance de cette pauvre petite chose effondrée! Elle s'efforça de rester dure, se détourna, ne put, elle eut honte de ses soupçons, et, le cœur plein de pitié, elle s'agenouilla auprès de Noémi, lui soutenant la tête, tâchant de la consoler, disant maternellement: