Ce ne fut qu'un instant. Pourquoi s'inquiéter de ce qui viendra? Il passera, ainsi que ce qui est venu. Nous savons bien que, quoi qui survienne, nous percerons au-delà. Comme dit l'adage populaire, le vieux mot héroïque de prière et de défi: «Que Dieu ne nous jette pas seulement sur les épaules autant d'épreuves que nous en pouvons porter!...»
Elle avait porté la sienne, celle d'un jour. Au jour le jour!... Elle était soulagée, de corps et de cœur...
To strive, to seek, not to find, and not to yield...
«C'est bien. C'est bien... Je n'ai pas perdu ma journée... La suite à demain!...»
Elle se levait. Elle était nue. Et, par-dessus les toits, le soleil matinal, le grand soleil d'août baignait son corps et la chambre... Elle était heureuse... Oui, quand même!
Tout ce qui l'entourait était le même qu'hier: la terre et le ciel, le passé et l'avenir. Mais tout ce qui accablait, hier,—aujourd'hui, rayonnait.
Marc était rentré très tard, dans la nuit. Maintenant qu'il avait pris du plaisir sans sa mère, il éprouvait un remords de l'avoir laissée seule et de l'avoir fait veiller. Car il savait qu'Annette ne se couchait pas avant qu'il fût rentré; et il s'attendait à un accueil glacé. Quoiqu'il fût dans son tort,—précisément pour cela—il apprêtait, en montant, une attitude de défi. Un sourire insolent sur les lèvres, pas sûr de lui, au fond, il ramassa la clef sous le paillasson, et ouvrit. Rien ne remua. Accrochant son manteau dans le vestibule, il attendit. Silence. Sur la pointe des pieds, il se glissa dans sa chambre, et se coucha sans bruit. Il était allégé. À demain les affaires sérieuses! Mais il n'était pas encore tout à fait déshabillé qu'une anxiété le traversa. Cette immobilité n'était pas naturelle... Il avait, comme sa mère, l'imagination vive, et prompte à s'inquiéter... Que s'était-il passé?... Il était à mille lieues de se douter des mortelles tempêtes qui avaient, cette nuit, fait rage dans la chambre à côté. Mais sa mère lui était inexplicable, inquiétante; il ne savait jamais ce qu'elle pensait... Pris d'alarme, en chemise et pieds nus, il alla coller son oreille contre la porte d'Annette. Il se rassura. Elle était là. Elle dormait, d'un souffle fort et heurté. Il entr'ouvrit la porte, craignant qu'elle ne fût malade, il s'approcha du lit. À la lueur de la rue, il la vit étendue sur le dos et prostrée, les cheveux sur les joues, cette figure tragique qui, dans les nuits de jadis, intriguait sa compagne Sylvie; une respiration rude, violente, oppressée, soulevait la poitrine et retombait, brisée. Marc fut pris de peur et de pitié pour ce qu'il devinait en ce corps de fatigues et de peines. Penché sur l'oreiller, à voix basse et tremblante, il murmura:
—Maman...
Comme si, dans le lointain du sommeil, elle eût perçu l'appel, elle fit un effort pour se dégager, et gémit. L'enfant s'éloigna, effrayé. Elle retomba dans son immobilité. Marc alla se coucher. L'insouciance de son âge, l'épuisement de la journée, eurent raison de son trouble. Il dormit jusqu'au jour, d'un seul trait.
En se levant, lui revinrent les images et les craintes de la veille. Il s'étonnait de n'avoir pas encore vu sa mère: d'ordinaire, (il s'en irritait), elle entrait dans sa chambre, le matin, pour lui dire bonjour et l'embrasser dans son lit. Elle n'entra pas, ce matin. Mais, dans la chambre voisine, il l'entendait aller et venir. Il ouvrit la porte. Agenouillée sur le parquet, elle essuyait les meubles, et ne se retourna pas. Marc lui dit bonjour: elle leva sur lui ses yeux qui sourirent, dit: