Quand elle s'y arracha, après un long silence, elle se releva précipitamment, et, de ses mains devenues gauches, brusques, tremblantes, elle acheva, sans regarder, de plier la tenture commencée. Elle n'acheva même pas, elle la jeta dans un coffre, incomplètement roulée; et elle fuit de la pièce... Non, elle ne voulait pas rester avec ces pensées! Il valait mieux les écarter. Plus tard, elle aurait le temps de regretter le passé, quand elle serait elle-même du passé... plus tard, au crépuscule de sa vie. Pour l'instant, elle était trop chargée d'avenir, elle devait le porter. Ses rêves étaient devant... «Ce qui est derrière moi, je ne veux pas le savoir; il ne faut pas me retourner...»

Elle marchait dans la rue, pressant le pas, raidie, regardant droit au loin... les années, les années... la vie qui monte... celle de son enfant, la sienne, la vie nouvelle... l'Annette de demain.

Elle avait cette vision dans les yeux, le soir de son installation dans la maison de Sylvie. Sylvie, son magasin fermé, se hâta de monter chez sa sœur, afin de la distraire des regrets qu'elle lui supposait. Elle la trouva, allant et venant dans son étroit enclos, nullement fatiguée de l'exténuante journée, s'efforçant de faire tenir dans des placards trop petits son linge et ses vêtements; et, n'y parvenant pas, perchée sur un escabeau, les bras chargés de draps, regardant les rayons pleins, méditant un autre plan, elle sifflait comme un garçon—(une fanfare wagnérienne que, sans trop y penser, elle travestissait d'une façon burlesque).—Sylvie la considéra, et dit:

—Annette, je t'admire.

(Elle ne le pensait pas tout à fait).

—Pourquoi? demanda Annette.

—Si j'étais à ta place, ce que je ragerais!

Annette se mit à rire, et, toute à son affaire, lui fît signe de se taire.

—Je crois que j'ai trouvé... dit-elle.

Elle enfonça la tête et les bras dans le placard, rangea, dérangea, fourragea.