—Bon! je compte que tu me verras encore deux ou trois fois...
—Je n'aime pas que tu ries avec ces choses.
—Et de quoi rirait-on? Espèce d'Armée du Salut! Allons, Madame Booth,—(elle prononçait: «Botte»)—ne fronce pas tes beaux sourcils! Je ne songe pas à changer, avant d'avoir essayé. Je me marie, pour que ça dure. Mais si ça ne durait pas, il faut savoir se résigner.
—Je ne suis pas inquiète pour toi, dit Annette.
—Vraiment? Merci pour l'autre! Il a fait ta conquête?
—Il ne te vaut pas, Sylvie. Mais je ne voudrais pas que ce brave homme, un jour, tu le fisses souffrir.
Sylvie souriait, montrant les dents à son miroir:
—Souffrir! Chacun fait souffrir l'autre, ce n'est pas une affaire! Bien sûr qu'il souffrira!... Le pauvre homme! Je voudrais être à sa place... Allons, ne t'inquiète pas de lui! Crois-tu que je ne sache pas sa valeur, à mon Adonis? Elle n'est pas éclatante, mais elle est de bon poids. Je m'y connais. Je n'irai pas le lui dire, parce qu'il ne faut jamais gâter les hommes: ce serait leur laisser croire qu'ils ont des droits sur nous. Mais pour moi, j'en tiens compte. Je n'aurais pas la sottise de me faire du tort, en lui faisant du tort. Et si je ne réponds pas de ne pas le faire enrager—(ce sera excellent pour qu'il maigrisse un peu)—je ne le mettrai sur le gril qu'autant qu'il sera nécessaire. Bien entendu, à condition que je n'aie pas à m'en plaindre! Autrement, ce serait pain bénit de lui rendre son dû. Et je paye comptant. Je suis honnête marchande: je ne trompe mes clients que juste ce qu'il faut pour vivre. A moins qu'ils n'aient la prétention de me mettre dedans. Alors, je les y mets. Et comment!
—Dire, s'exclama Annette, qu'on ne pourra jamais obtenir qu'elle parle sérieusement!
—La vie ne serait pas tenable, fit Sylvie, si l'on devait dire les choses sérieuses sérieusement!