—Eh bien, tant pis pour moi, si je ne m'en fais pas aimer! Rien ne pourra empêcher que je ne l'aime et qu'il ne soit moi.
—Si tu l'aimes vraiment, tu dois penser d'abord à son avenir. Bien d'autres se sont obligées, dans l'intérêt de l'enfant, à subir un mariage déplaisant...
—Tu me révoltes, dit Annette, en me vantant ces femmes qui se condamnent à un mariage de mensonge, et quelquefois de haine, par amour pour l'enfant. Tu me rappelles cette mère qui disait à sa fille qu'elle avait subi pour elle un enfer, en restant mariée. La fille lui répondit: «Pensais-tu que l'enfer fût un bon foyer pour un enfant?»
—L'enfant a besoin d'un père.
—Comment font-ils donc, les milliers qui s'en passent? Combien ne l'ont pas connu! Combien, l'ayant perdu dans leur petite enfance, ont été élevés seulement par leur mère! Sont-ils inférieurs aux autres? L'enfant a besoin d'un amour qui le couve. Pourquoi le mien ne suffirait-il pas?
—Tu préjuges de tes forces. Sais-tu ce qui t'attend?
—Je le sais, je le sais! Autour de mon cou, les petits bras d'un enfant.
—Et sais-tu de quel prix le monde te le fera payer? Il vaudrait mieux pour toi être une femme mariée quatre fois adultère que ce qu'ils flétrissent du nom de fille-mère. Oser assumer les peines et les charges de la maternité, sans avoir, au préalable, subi l'estampille de leur mariage officiel, mais cela ne se pardonne pas à une femme de leur classe!... Passe pour moi! Ce que nous faisons, nous autres, de notre corps, n'est pas de conséquence. Et même, ils y trouvent leur compte, tes bourgeois; aussi, les voit-on prêts à célébrer, comme dans Louise, l'amour libre, chez les filles du peuple. Mais une fille bourgeoise est une chasse réservée. Tu es leur propriété. On peut bien t'acheter par contrat, devant notaire; tu ne peux pas te donner, à la face du ciel, et dire: «C'est mon droit.» Où irions-nous, grand Dieu! si la propriété se révoltait contre son maître, et disait: «Je suis libre. Vienne qui plante!...»
Car, même indignée, Sylvie ne pouvait parler sérieusement.
Annette sourit, et dit: