Depuis qu'elle avait cessé les pratiques religieuses, elle n'en avait jamais senti le besoin. Elle ne s'apercevait pas que lorsqu'elle avait ses fougueux élans de conscience, ses monologues passionnés, elle se disait la messe.
Elle ne songea pas à donner à son fils ce dont elle se passait. Peut-être même la question ne se fût pas posée pour elle, si—(paradoxe!)—Sylvie ne l'eût posée. Sylvie, qui n'avait pas plus de religion qu'un moineau de Paris, ne se serait pas crue mariée, sans le concours de l'Église. Et elle trouvait indécent qu'Annette ne fît pas baptiser son fils. Annette n'y pensait pas. Elle le fît pourtant, afin que Sylvie fût marraine. Puis, elle n'y pensa plus; et les choses en restèrent là, jusqu'à l'arrivée de Julien. Que Julien eût la foi pratiquante ne la donnait pas à Annette, mais la lui rendait digne de respect et ramena son attention sur le problème qu'elle avait négligé: que devait-elle faire pour Marc? L'envoyer à l'église? lui apprendre une religion à laquelle elle ne croyait pas? Elle le demanda à Julien, qui fut scandalisé: il affirma avec énergie la nécessité pour l'enfant d'être instruit des divines vérités.
—Mais si ce ne sont pas des vérités pour moi? Il faudra donc que je mente, quand Marc m'interrogera?
—Non pas mentir, mais laisser croire, si c'est dans son intérêt.
—Non, il ne peut être dans son intérêt que je le trompe. Et quelle autorité aurai-je, quand il le découvrira? Ne sera-t-il pas en droit de me le reprocher? Il ne croira plus en moi. Et que sais-je si cette foi apprise ne gênera pas plus tard son vrai développement?...
Ici, Julien s'assombrissait; et Annette se hâtait de changer de sujet. Comment agir, pourtant? Elle n'allait pas, comme le lui conseillaient des amis protestants, faire à son fils un cours de toutes les religions et le laisser choisir quand il aurait seize ans!... Annette éclatait de rire. Quelle étrange conception de la religion, comme d'une matière d'examen!...
En fin de compte, Annette n'avait rien fait. Elle se promenait avec Marc, entrait dans les églises, s'asseyait dans un coin, admirant avec lui la forêt jaillissante de ces hauts troncs de pierre, les lueurs de sous-bois qui filtraient des verrières, goûtant l'envol des voûtes, la lointaine psalmodie, les nappes blanches de l'orgue. C'était un bain de rêve et de recueillement...
Marc ne détestait pas d'être ainsi, la main dans la main de sa mère, écoutant, chuchotant. C'était doux, c'était chaud, assez voluptueux... Oui, mais à condition que ça ne durât pas trop longtemps! Cette somnolence sentimentale l'ennuyait. Il avait besoin de remuer et de penser des choses précises. Sa petite tête travaillait, observait, remarquait, cette foule qui prie, sa mère qui ne priait pas. Et, sans les exprimer, il faisait ses réflexions. Il questionnait rarement, beaucoup moins que la plupart des enfants: car il avait un fort amour-propre et craignait de dire des naïvetés.
Il demanda pourtant:
—Maman, qu'est-ce que c'est que Dieu?