Croirait-on que ce petit animal prit un air raide, pour dire:

—Bonjour, ma tante.

Il avait fait tout seul ses petites réflexions; et, juste ou injuste, il avait jugé bon de s'identifier avec la cause de sa mère... «My country, right or wrong...» Sylvie fut suffoquée. Elle demanda:

—Et alors, ça va bien?

Il répondit froidement:

—Tout va très bien.

Elle le regarda s'éloigner, l'air gourmé, rougissant de l'effort imposé. Il était bien tenu, gentiment babillé... Morveux!... «Tout va très bien...» Elle l'eût calotté!...

Qu'Annette pût, sans elle, se tirer d'affaire, augmentait ses griefs. Mais elle ne perdait pas une occasion d'en entendre parler; et elle ne renonçait pas à l'idée de la régenter. Si elle ne pouvait en fait, tout au moins en pensée! Elle n'ignorait point la vie austère que menait sa sœur; et elle ne comprenait pas qu'Annette s'y condamnât. Elle la connaissait assez pour savoir qu'une femme de sa sorte n'était pas faite pour cette contrainte morale, ce dénuement de joie. Comment pouvait-on ainsi forcer sa nature? Qui l'obligeait au veuvage? À défaut de mari, il ne manquait pas d'amis qui eussent été heureux d'alléger sa peine. D'y consentir, Sylvie eût peut-être moins estimé sa sœur; mais elle l'eût sentie plus proche.

Elle n'était pas la seule à ne pas comprendre Annette. Annette ne comprenait guère mieux les raisons de sa vie monastique, cette sorte de peur farouche qui la faisait se rejeter en arrière, quand s'offrait non pas même la possibilité, mais l'idée d'une de ces joies naturelles qu'aucune loi religieuse ou sociale ne pouvait lui défendre: (elle ne croyait pas à une morale d'église; et n'était-elle pas maîtresse d'elle-même?)...

—De quoi ai-je peur?