—Madame ne sait pas... le malheur qui est arrivé... La petite demoiselle...
—Qui?
—Mademoiselle Odette... Cette pauvre mignonne...
—Quoi! Quoi!
—Elle est tombée...
—Tombée!
—Elle est en bas.
Sylvie hurla. Elle avait repoussé la concierge et dégringola l'escalier. Annette voulut la suivre; mais les jambes lui manquèrent; elle dut attendre que son cœur lui permît de marcher. Elle était encore en haut, et penchée sur la rampe, quand de la rue lui vinrent les cris sauvages de Sylvie...
Que s'était-il passé? Probablement Odette, qui ne travaillait pas volontiers, musardant, furetant, était allée regarder par la fenêtre si Marc ne venait pas, et elle s'était penchée... La pauvre petite n'avait même pas eu le temps de comprendre...—Quand Annette, chancelante, fut enfin dans la rue, elle vit un attroupement, Sylvie comme une démente et, dans ses bras, le petit corps disloqué, jambes et tête pendantes, comme un agneau égorgé. La brune toison voilait le crâne fracturé; on voyait seulement un peu de sang au nez; les yeux encore ouverts semblaient interroger... La mort avait répondu.
Annette se fût jetée par terre, en criant d'horreur, si la fureur sauvage de Sylvie n'eût pris toute la douleur du monde. Elle était tombée à genoux, sur le pavé, presque couchée sur l'enfant, qu'elle soulevait, qu'elle secouait, avec des cris enragés. Elle l'appelait, elle l'appelait, elle insultait... Qui? Quoi? Le ciel, la terre... Elle écumait de désespoir et de haine...