Je lui adresse mon fraternel salut. Sa voix n'est pas isolée dans l'univers. Partout, j'entends l'écho lui répondre; partout, je vois se lever des jeunesses qui lui ressemblent, et qui lui tendent leurs mains.

L'épreuve de cette guerre qui, en voulant écraser les âmes libres, n'a réussi qu'à leur faire sentir davantage le besoin de se chercher et de s'unir, m'a mis en rapports étroits avec les jeunes gens de tous les pays—d'Europe et d'Amérique—voire même d'Orient et d'Extrême-Orient. Chez tous, j'ai retrouvé la même communion de souffrances et d'espoirs, les mêmes aspirations, les mêmes révoltes, la même volonté de briser avec un passé qui a fait ses preuves de malfaisance et d'imbécillité, la même ambition sacrée de reconstruire la société humaine sur des assises nouvelles, plus vastes et plus profondes que l'édifice branlant de ce vieux monde de rapine et de fanatisme, de ces nationalités féroces, incendiées par la guerre, pareilles à d'orgueilleux «gratte-ciel», à la carcasse noircie.

Juin 1917.

(Revue: Demain, Genève, juillet 1917.)

XV
Le Feu

par Henri BARBUSSE[34]

Voici un miroir implacable de la guerre. Elle s'y est reflétée, seize mois, au jour le jour. Miroir de deux yeux clairs, fins, précis, intrépides, français. L'auteur, Henri Barbusse, a dédié son livre: «A la mémoire des camarades tombés à côté de moi, à Crouy et sur la cote 119», décembre 1915; et ce livre: Le Feu (Journal d'une escouade) a reçu, à Paris, la consécration du prix Goncourt.

Par quel miracle une telle parole de vérité a-t-elle pu se faire entendre intégralement, en une époque où tant de paroles libres, infiniment moins libres, sont comprimées? Je n'essaie point de l'expliquer, mais j'en profite: car la voix de ce témoin fait rentrer dans l'ombre tous les mensonges intéressés qui, depuis trois ans, prétendent idéaliser le charnier européen.

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