aussi pour quelques airs de mouvement. Il envoyait la brochure à Quinault, qui ajustait ses vers dessus[250].
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Il a enfin agréé une scène. Voyons-le au travail:
Il la lisait jusqu’à la savoir presque par cœur; il s’établissait à son clavecin; il chantait[251] et rechantait les paroles, battant son clavecin, sa tabatière sur un bout, et toutes les touches pleines et sales de tabac: car il était fort malpropre... Quand il avait achevé son chant, il se l’imprimait tellement dans la tête qu’il ne s’y serait pas mépris d’une note. Lalouette ou Colasse (ses secrétaires) venaient, auxquels il le dictait. Le lendemain, il ne s’en souvenait plus guère. Il faisait de même les symphonies liées aux paroles; et, dans les jours où Quinault ne lui avait rien donné, c’était aux airs de violon qu’il travaillait. Lorsqu’il se mettait au travail et qu’il ne se sentait pas en humeur, il quittait très souvent; il se relevait la nuit pour aller à son clavecin; et, en quelque lieu qu’il fût, dès qu’il était pris de quelque saillie, il s’y abandonnait. Il ne perdait jamais un bon moment[252].
Une autre anecdote nous le montre, en vrai musicien, sachant tirer parti des bruits qui l’entourent et découvrir sous les rythmes de la nature la mélodie dont ils sont l’ossature:
On sait qu’un jour il alla à cheval; le pas de son cheval lui donna l’idée d’un air de violon[253].
Jamais il ne cessait d’épier la nature:
Lully a une chose naturelle à copier, il la copie d’après nature; il fait de la nature même le fond de sa symphonie, il se contente d’approprier la nature à la musique.
Et, faisant allusion à une scène célèbre d’Isis, Lecerf assure qu’il lui est arrivé à lui-même, l’hiver, à la campagne, de remarquer l’exactitude de la description musicale:
Quand le vent siffle et s’entonne dans les portes d’une grande maison, il fait un bruit qui approche de la symphonie de la plainte de Pan.