«La Joie par la Souffrance.»
Durch Leiden Freude.
(A la comtesse Erdödy, 19 octobre 1815.)
TEXTES
(A Lichnowsky, 21 septembre 1814)
TESTAMENT D’HEILIGENSTADT[87]
POUR MES FRÈRES CARL ET (JOHANN)[88] BEETHOVEN
O vous, hommes, qui me regardez ou me faites passer pour haineux, fou, ou misanthrope, combien vous êtes injustes pour moi! Vous ne savez pas la raison secrète de ce qui vous paraît ainsi! Mon cœur et mon esprit étaient enclins, depuis l’enfance, au doux sentiment de la bonté. Même à accomplir de grandes actions, j’ai toujours été disposé. Mais songez seulement, depuis six ans, quel est mon état affreux, aggravé par des médecins sans jugement, trompé d’année en année, dans l’espérance d’une amélioration, enfin contraint à la perspective d’un mal durable—dont la guérison demande peut-être des années, si elle n’est pas tout à fait impossible. Né avec un tempérament ardent et actif, accessible même aux distractions de la société, je devais de bonne heure me séparer des hommes, passer ma vie solitaire. Si je voulais parfois surmonter tout cela, oh! combien durement je me heurtais à la triste expérience renouvelée de mon infirmité! Et pourtant, il ne m’était pas possible de dire aux hommes: «Parlez plus haut, criez; car je suis sourd!» Ah! comment me serait-il possible d’aller révéler la faiblesse d’un sens, qui devrait être chez moi plus parfait que chez les autres, un sens que j’ai autrefois possédé dans la plus grande perfection, dans une perfection comme certainement peu de gens de mon métier l’ont jamais eu!—Oh! cela, je ne le peux pas!—Pardonnez-moi donc, si vous me voyez vivre à l’écart, quand je voudrais me mêler à votre compagnie. Mon malheur m’est doublement pénible, puisque je lui dois d’être méconnu. Il m’est interdit de trouver un délassement dans la société des hommes, dans les conversations délicates, dans les épanchements mutuels. Seul, tout à fait seul. Je ne puis me risquer dans le monde, qu’autant qu’une impérieuse nécessité l’exige. Je dois vivre comme un proscrit. Si je m’approche d’une société, je suis saisi d’une dévorante angoisse, par peur d’être exposé à ce qu’on remarque mon état.