Ma chambre à coucher et celle de Mademoiselle communiquaient ensemble, de sorte que nous pouvions, la nuit comme le jour, jouir de notre tête à tête si cela nous faisait plaisir. La cuisinière et Mary occupaient une chambre en haut de la maison, le page avait un petit cabinet sur le même palier que nos chambres. Jane et Polly, que nous appelions ainsi pour les distinguer de l'autre Mary, occupaient une chambre également au même étage, où se trouvaient d'autres pièces libres pour nos invitées éventuelles. Il y avait en haut des salles inoccupées, dont une très spacieuse. Après m'être consultée avec Mademoiselle, je décidai de l'organiser en salle de punition, car j'avais résolu de maintenir sous une discipline sévère tout mon personnel. On y fixa des poulies au plafond, on la meubla d'échelles, de blocs, de crochets, d'un poste à fouetter, et aussi d'une sorte de pilori, permettant de fixer la pénitente en exposant seulement ses jambes et ses fesses et en l'empêchant de voir par qui elle était fouettée.

Mademoiselle et moi, prenions grand plaisir à nos « soirées lubriques », comme elle avait baptisé nos séances de flagellation. De temps à autre, pour les corser, nous faisions venir Jane et nous la fessions dans nos chambres, ou bien elle aidait l'une de nous à fouetter l'autre, car je m'étais tout à fait adonnée aux plaisirs du fouet, et j'éprouvais, de son application, un bonheur tout spécial. Néanmoins, ces petites débauches n'avaient pas la même saveur que lorsque la victime ignore l'emploi de la verge et en tâte pour la première fois. Aussi, désirions-nous ardemment trouver quelque coupable remplissant ces conditions et que nous puissions sacrifier à notre ardent désir.

Notre jardinier, M. White était un homme de confiance qui avait dépassé la quarantaine. Sa femme était une fort accorte gaillarde d'environ trente ans. Ils avaient deux jolies petites filles de neuf et dix ans. Ils logeaient dans un cottage situé à l'extrémité de notre jardin, qui était très vaste.

Mme White aimait un peu trop la toilette, et les gages de son mari n'étant pas suffisants pour lui permettre de se passer ses fantaisies, elle trouva tout naturel de se procurer l'argent nécessaire en vendant pour son propre compte, à des voisins, moins bien pourvus que nous, les fruits et les légumes dont ils pouvaient avoir besoin, et qui, pensait-elle, eussent été perdus sans cela. Son mari n'y vit pas grand mal, car, ainsi qu'il nous le dit plus tard, Miss Coote était très bonne et très généreuse et ne se préoccupait jamais de ce qu'ils prenaient pour eux-mêmes.

Les deux fillettes, Minnie et Lucy étaient chargées par leurs parents de porter ces fruits et ces légumes à la porte du fond du jardin. Mais, un beau jour, de grand matin, Jane les aperçut et vint tout aussitôt me faire son rapport.

J'avais, depuis longtemps, un désir irrésistible de fesser les deux mignonnes, mais ne pouvais le faire sans motif ; aussi, la découverte de Jane me causa-t-elle la plus vive satisfaction.

Le lendemain matin, en compagnie de mademoiselle, je fus, par une allée extérieure, me poster à la sortie du jardin et nous nous plaçâmes de façon à voir tout ce qui se passerait. Nous fûmes bientôt dédommagées de notre dérangement, en voyant les petites filles apporter plusieurs paniers de fruits dans la maisonnette de leur mère.

Ayant bien et dûment constaté le délit, je retournai à la maison et fis porter au jardinier l'ordre de comparaître devant moi avec sa femme et ses filles.

En compagnie de Mademoiselle, je les reçus dans le salon. White et sa femme tenant chacun une fillette par la main, s'enquirent respectueusement du motif pour lequel je les faisais venir.

— Ne vous en doutez-vous pas un peu, malgré votre air innocent? leur dis-je, pourquoi donc vos enfants vont-ils tous les matins cueillir des paniers de fruits dans le jardin?