Le jour suivant, me promenant dans le jardin avec ma chère Mademoiselle, nous demandâmes à White si sa femme s'était longtemps ressentie de la fessée. Peu habitué à manier les périphrases et sans s'inquiéter de savoir s'il ne choquait pas nos chastes oreilles, voici ce qu'il nous répondit :
— Le diable m'emporte, Mademoiselle, si j'avais jamais eu pareille nuit auparavant! J'étais au lit et dormais quand elle est rentrée avec les enfants. Mais elle était si échauffée qu'elle les a laissées se coucher elles-mêmes et a grimpé sur moi comme vous voyez quelquefois la vache faire au taureau quand elle en a besoin. Elle ne s'est pas inquiétée si j'étais fatigué d'avoir pioché toute la journée. La nuit entière, il a fallu que je lui fasse la bonne chose. Je ne sais pas pourquoi elle était en chaleur comme ça, car d'habitude, nous réservons cela pour les jours de repos comme le dimanche. Elle prétendait que ça n'avait jamais été aussi bon! Et c'est vrai qu'elle ne m'avait pas encore fait jouir comme ça. Seulement, je veux être pendu si après avoir été arrosée comme elle l'a été, elle ne me donne pas deux jumeaux et peut-être bien trois ou quatre!
Je termine ma lettre sur ce pittoresque récit et vous prie de me croire
Votre bien affectionnée,
Rosa Belinda Coote.
LETTRE VII
Ma chère amie,
Dans ma dernière lettre je vous ai fait le récit d'un petit larcin et du résultat qu'il eut. Dans celle-ci, je vous parlerai d'une jolie demoiselle, voleuse de sa nature et non par occasion. C'est un cas de kleptomanie, comme l'on dit aujourd'hui. Rien d'étonnant, lorsqu'on qualifie d'un terme si extravagant ce qui n'est, bel et bien, qu'un vol, que les gens timorés aient presque réussi à abolir cette bonne vieille coutume de la verge.
Miss Selina Richards était une cousine de Laura Sandon, mon ancienne condisciple et première camarade de lit, chez miss Flaybum.
Or, me trouvant en visite chez Laura, j'avais à cette époque dix-huit ans, elle me signala ce cas en me disant que sa cousine était une voleuse si incorrigible que sa famille redoutait réellement de la laisser sortir de la maison de crainte qu'elle ne commît quelques méfaits ; ses parents étaient obligés de l'enfermer dans sa chambre quand ils avaient des visiteurs, car la jeune voleuse se serait emparé des bibelots et spécialement des bijoux sur lesquels elle aurait pu faire main-basse, et vous supposez, Rosa, quel terrible scandale c'eût été pour sa famille, si on avait eu motif de l'accuser d'une chose semblable.