Quand elles arrivèrent à notre maison, on donna à Selina une petite chambre pour elle seule, tandis que Laura demanda et obtint d'être ma compagne de lit. Rien ne fut changé de place ni enfermé ; j'étais parfaitement sûre de l'honnêteté de tout mon entourage et savais que si miss Selina volait quelque chose elle ne pouvait que cacher son butin sans avoir l'occasion de s'en servir. Nous étions donc sûres de rien perdre en fin de compte.

Miss Richards avait reçu une éducation très soignée ; d'une façon générale c'était une jeune personne très intéressante d'allure modeste et réservée.

Plusieurs jours se passèrent fort agréablement et il semblait que les doigts de notre jeune invitée eussent perdu leur fâcheuse habitude ; je commençai à craindre que notre victime ne nous échappât ; mais sa réserve n'était que l'effet d'une timidité qui devait disparaître à mesure qu'elle se familiariserait davantage avec nous.

Quelques objets disparurent, des bijoux spécialement, d'abord une bague avec un petit brillant, puis une broche avec une opale entourée de perles, des épingles, des gants et autres menus objets, mais il nous fut impossible de la surprendre mettant le pied dans ma chambre, malgré une surveillance minutieuse du matin au soir. Aussi Laura et moi songeâmes-nous à monter la garde pendant la nuit. Nous avions l'habitude de ne quitter la chambre de Selina que lorsqu'elle était endormie, avant de nous retirer dans la nôtre.

Dès la nuit suivante, nous mîmes notre projet à exécution et environ deux heures après nous être couchées, à un moment où on devait nous supposer profondément endormies, les charnières de la porte grincèrent nous indiquant que quelqu'un s'approchait en silence.

Nous n'entendîmes pas marcher, mais nous distinguâmes dans l'entrebâillement de la porte, la demoiselle avançant la tête pour s'assurer si le terrain était libre.

Nous ne bougions pas et nos têtes étaient invisibles dans l'ombre des rideaux du lit, tandis qu'un rayon de lune éclairait partiellement le reste de la chambre. Aussi silencieuse qu'un Peau-Rouge, la jeune voleuse rampait littéralement à quatre pattes vers la table de toilette ; arrivée là, sans se redresser, elle promena la main sur le meuble pour happer ce qui pouvait s'y trouver. Nous ne la distinguions pas, puisque nous étions couchées, mais nous entendions distinctement le bruit des objets glissant sur le meuble.

Alors, nous jetâmes nos couvertures en l'air en criant : « Cette fois nous vous tenons voleuse! Je courus vers la porte pour lui couper la retraite, tandis que Laura arrêtait gravement notre prisonnière comme un véritable policeman.

Fermant la porte à clef, nous fîmes immédiatement pencher Selina sur notre lit, ses pieds restant à terre et lui retroussant sa chemise de nuit nous lui administrâmes une magistrale fessée qui lui fit pousser les hauts cris.

— Oh! Oh! Miss Coote, je vous en prie, pardonnez-moi. Laissez-moi partir, je ne recommencerai plus. Oh! Oh! Ahhh! Je vous le jure! » criait-elle en se débattant et en tortillant les fesses sous nos vigoureuses claquades. La pale clarté de la lune nous permit de voir combien rouge était celle que nous étions en train de fouetter. Enfin, nous la tachâmes en lui annonçant pour le lendemain une enquête en règle, et l'avertîmes qu'elle aurait à nous rendre tout ce qu'elle avait volé, sinon qu'il lui en cuirait.