Quand je fis part de la chose à Lady Clara, lui demandant si elle connaissait la jeune personne, elle me répondit que non, car celle-ci avait été pendant plusieurs années dans une pension en Allemagne et venait seulement de rentrer dans sa famille.

Je ne vis pas Lucrétia jusqu'au jour fixé ; elle arriva exactement à sept heures avec sa protégée ; celle-ci était un peu plus grande qu'elle, assez mince ; elle avait de beaux yeux bleus ; pour la circonstance, elle était habillée tout de blanc. C'était, dans l'ensemble, une jolie fille, à l'aspect tranquille, si ce n'est l'expression singulièrement mobile de ses yeux qui regardaient partout et semblaient s'intéresser à tout.

Nous étions toutes présentes. J'occupais, comme d'habitude, mon siège de présidente, entourée des autres dames. Lady Lucrétia, présentant aussitôt la novice, la prit par la main, la conduisit devant moi, et, après que toutes deux se furent inclinées, elle dit : « Permettez-moi, chère Miss Coote, et vous, mesdames, de vous présenter Miss Maria Aubrey, une de mes bonnes amies, qui désire faire partie de notre société. »

J'ouvris la séance et voici comment se passa la cérémonie :

La Présidente. — Miss Maria Aubrey, consentez-vous à vous soumettre à nos formalités d'initiation et jurez-vous de vous conformer au règlement institué par l'unanimité de nos membres.

Maria. — Oui, je désire vivement être admise. On reçoit tellement la verge en Allemagne que je suis devenue fanatique de son emploi.

La Présidente. — Nous enregistrons votre adhésion et maintenant, il faut vous déshabiller et prendre l'uniforme de rigueur que nous vous avons préparé.

La novice rougit et semble ne plus savoir que dire. Lucrétia paraît jouir énormément de son embarras. Elle murmure quelque chose à l'oreille de Clara qui le transmet à Mlle Fosse, qui m'en fait part : Notre novice n'est pas Maria Aubrey, mais bien son frère Frank, l'amant de Lucrétia, à qui elle a conseillé de se faire passer pour sa sœur, mais sans lui dire ce qui allait arriver, de sorte que celui-ci était stupéfait d'avoir à se déshabiller devant nous.

J'avoue que je fus furieuse en apprenant cette invention de Lucrétia, mais sur le conseil que me glissa à voix basse Mlle Fosse, je continuai comme si de rien n'était. Venez, sœur Maria, lui fis-je, commencez à vous déshabiller. Jane et Mary, assistez mademoiselle.

Maria. — Oh! non! non! je ne veux pas que l'on me déshabille, j'ignorais que cela fût obligatoire ; donnez-moi les vêtements si vous voulez, je me retirerai dans une autre pièce pour les mettre, mais pas devant vous, je ne veux pas.