Aussi bien, le cher garçon couvrait de baisers mes seins et ma figure, ses mains curieuses prenaient lentement possession de mes charmes les plus secrets ; malgré moi, les miennes faisaient de même sur lui et je lui rendais avec usure ses brûlants baisers. Nos lèvres étaient trop occupées pour que nous pussions parler. Bref, l'audace du jeune homme triompha de mes dernières résistances et nous nageâmes dans un océan de volupté. Naturellement, j'éprouvai une légère souffrance quand l'envahisseur déchira ma membrane sous sa fougueuse poussée, mais elle disparut bien vite sous l'impression d'exquise volupté que j'éprouvai ensuite.
Il renouvela plusieurs fois ses prouesses, ce qui finit par le fatiguer ; j'eus alors, de nouveau, recours à la verge pour le remettre en état de me satisfaire ; puis, lorsque je craignis de l'épuiser en exigeant de lui plus que la nature ne lui permettait, j'obtins qu'il me fouettât lui-même pour prolonger mes voluptueuses sensations. Après les douceurs du baisage, la fessée est délicieuse si elle est adroitement appliquée! Mon jeune amant voulait encore me faire jouir, mais je m'y refusai, lui promettant que je le laisserais venir le soir même dans ma chambre et qu'il m'aurait à lui toute la nuit. D'ici là il aurait le temps de reprendre les forces nécessaires…
Cette liaison avec mon page dura trois ou quatre années pendant lesquelles j'épuisai la coupe de toutes les voluptés ; puis je fus obligée de me séparer de lui en raison de son apparence trop virile et pour ne pas éveiller la médisance. Un peu plus tard, sur mes conseils, et avec mon aide, il se maria, entra dans les affaires où il fit son chemin. Tant qu'il vécut, nous goûtâmes secrètement, de temps à autre, les douceurs d'une passion toujours vivace.
Vous avez fréquemment voulu savoir pourquoi je ne me suis pas mariée. Deux choses m'en ont empêchée. La première, mon amour de l'indépendance et ma répulsion à être soumise à quelqu'un, quelque amour que j'eusse pu avoir pour lui. Peut-être aurais-je néanmoins passé outre à cette disposition de mon caractère, mais la seconde raison était péremptoire. Je ne pouvais donner un second pucelage, et comme je ne voulais pas aller à l'autel sans cet article indispensable aux filles qui s'enrôlent sous la bannière de l'hyménée, je me décidai à me passer définitivement de mari!
Le pauvre Charlie mourut dans toute la force de l'âge, à trente-cinq ans, et, avant de mourir, il me remit un paquet de lettres ayant trait à ses aventures amoureuses. En les lisant, je vis qu'il ne m'avait pas été très fidèle, même quand il était encore à mon service. Mais, paix à sa mémoire! Je n'ai jamais, malgré cela, regretté de m'être donnée à lui.
Peut-être mettrai-je un jour sous vos yeux le récit de ses aventures, en attendant je termine avec cette lettre la relation de mes expériences personnelles.
Croyez-moi,
Votre affectionnée,
Rosa Belinda Coote.