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14 septembre 1812. entrée à Moscou.—19 octobre, départ de Moscou.—Entré dans Moscou avec 90.000 combattants et 20.000 malades, il en sort avec plus de 100.000 combattants et laisse 1.200 malades.—Le 23 octobre, quartier général à Borowsk.—Le 24, l'Empereur était sur les bords d'un ruisseau et du village Ghorodinia, dans une cabane de tisserand, maison de bois, délabrée, infecte, à une demi-lieue de Malo-Iaroslavetz.—Danger que court l'Empereur: il est attaqué par des Cosaques. Rapp veut l'engager à s'écarter. Il tire son épée et attend les Cosaques.—Le 20 octobre, pleine retraite.—Le 28 octobre, à Mojaïsk.—À quelques lieues de Mojaïsk, la Kolotcha, rivière. Plus loin, la grande abbaye ou l'hôpital de Kolatskoe.—Le soir, la colonne impériale approcha de Gjatz. De Gjatz, l'Empereur gagna Viazma, en deux marches.—6 novembre. Hiver rigoureux. Pleine déroute.—De Gatz à Mikalewska, village entre Dorogobuj et Smolensk, rien de remarquable. On se défait de tout attirail.

Le 3 et le 4 novembre, l'Empereur avait séjourné à Slawkowo.—Le 5, à Dorogobuj.—Le 6, à la hauteur de Mikalewska, l'Empereur apprend la conjuration d'un général, à Paris. L'Empereur ne répond rien et entre dans une maison palissadée, qui avait servi de poste de correspondance.—Le 9 novembre, l'Empereur à Smolensk. Il s'enferme dans une maison de la Place-Neuve, et n'en sortit que le 14, pour continuer sa retraite.—Horrible disette.—Le 11 novembre, à cinq heures du matin, la colonne impériale quitte Smolensk.—Koritnia, à cinq lieues de Smolensk.—Krasnoï, à cinq lieues de Koritnia.—Lyady, à quatre lieues de Krasnoï.

À deux lieues à droite du grand chemin, coule le Borysthène.—L'Empereur à Koritnia, dans une misérable masure.—Le 17, l'Empereur à Lyady, à quatre lieues du champ de bataille.—Le lendemain, on quitte la vieille Russie.—19 novembre, Dombrowna, ville de bois.—20, Orsza. Le Dniéper, fleuve.—D'Orsza à Borizow.—Les 22, 23. Napoléon était dans la Tolotschin.—La Bérésina. C'est le 24 qu'il veut tenter le passage.—Studianka.—27, passage de la Bérésina.—L'Empereur à la tête de sa réserve à Brilowa.—Le 29, l'Empereur quitte les bords de la Bérésina.—L'Empereur arrive à Kamen.—Le 30, à Pleszenicky.—Le 3 décembre, à Molodetchno.—C'est là que l'empereur forme le projet de partir pour Paris.

Une journée après le passage de la Bérésina, le 30 novembre, à Pleszenicky, l'Empereur se disposait à manger, mais les soldats d'un régiment avaient pillé la cantine portée sur le dos de trois mulets qui suivaient toujours, portant, sur des paniers attachés aux selles, le vin et le pain ou le biscuit, et les provisions. Sur le dernier de ces mulets était le petit lit en fer qu'on dressait partout et qui était roulé avec un matelas, au travers d'un mulet.

Ces soldats, affamés par des marches continuelles, aperçoivent cette maigre caravane, qui s'achemine sous la conduite de trois gendarmes et de deux hommes de la bouche.

D'un œil de convoitise, ils les voient passer. Mais la faim l'emporte, et les voilà pressant le pas en désordre et s'informant d'où viennent ces provisions et à qui elles sont destinées. Ils le savaient, et, de plus, ils pouvaient lire, sur la couverture, la destination de ces vivres… Mais, encore une fois, la faim!

«C'est à l'Empereur. N'y touchez pas!» Et déjà mille mains rapaces assaillaient les paniers: «L'Empereur n'ordonne pas qu'on meure; au surplus, à sa santé!» Et c'en est fait des provisions qui, du reste, ne firent qu'irriter davantage une faim mal assouvie.

L'Empereur excusa ses soldats; toutefois il voulut savoir à quel régiment ils appartenaient: «Un jour viendra qu'ils seront dans l'abondance, je les passerai en revue… Mais non, le reproche serait trop cruel: tel jour, vous voliez le pain de votre Empereur!»

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