La ville de Melun, nous l'avons dit, leur avait été assignée pour garnison. Les magasins de la République reçurent l'ordre de leur fournir un armement complet, c'est-à-dire une carabine, un tromblon, deux paires de pistolets, un sabre «à la Mamelouck», un poignard, une masse d'armes, une poire à poudre.
C'est à cette époque—exactement le 23 mars 1802, que, tout en conservant ses fonctions près de Bonaparte, Roustam fut admis dans le corps des Mameloucks de la Garde[6].
Le 15 avril 1802, fut fixée la composition des cadres de l'escadron et sa solde, à laquelle les réfugiés devaient prendre part, sous condition que leurs enfants entreraient au service dès l'âge de seize ans.
Tous les officiers[7], à l'exception du chef de brigade commandant, et des officiers de l'état-major, étaient choisis parmi les indigènes.
Quelques mois plus tard, de nouvelles décisions[8] réduisirent l'escadron à une compagnie de 125 hommes, officiers compris, la placèrent sous la haute direction du colonel des Chasseurs de la Garde et l'attachèrent à ce régiment qu'elle allait suivre, désormais, dans toutes ses campagnes.
Le commandant de la compagnie des Mameloucks était alors Delaitre, remplaçant Dupas qui, lui-même, avait succédé à Rapp.
Les Mameloucks réformés pour cause de vieillesse, de maladies, etc., furent assimilés aux réfugiés et envoyés avec eux à Marseille. Mesure qui augmenta le nombre de ceux-ci dans des proportions considérables: en 1811, le chiffre des réfugiés s'élevait à 458 personnes.
D'autre part, les décès creusaient de nombreux vides dans les rangs: pour les combler, on y admit des Européens. Toutefois, c'est seulement vers 1809 que des noms européens—français ou autres—commencent à figurer sur la liste des Mameloucks.
En 1813, nouvelle transformation de la compagnie en escadron, et nouvelle augmentation de l'effectif, qui est porté à 250 hommes. De plus, fidèle à sa coutume d'honorer les anciens services, Napoléon arrête que les vétérans seront désignés premiers Mameloucks et continueront à jouir de leur solde, tandis que les nouveaux, ou seconds Mameloucks, ne toucheront que la solde de la cavalerie de ligne, avec le supplément accordé aux troupes de Paris.
Les événements de 1814 entraînèrent la suppression de ce corps d'élite. Un certain nombre de Mameloucks, parmi lesquels on a le regret de ne point compter Roustam, suivirent l'Empereur à l'île d'Elbe. C'étaient, pour ne citer que les orientaux: Séraphin Bagdoune, lieutenant de Jeune Garde depuis 1813; Pietro Rudjéri, maréchal des logis qui, dès le retour en France fut promu lieutenant de Chasseurs; Masserie Mikael et Nicole Papaouglou[9]. Ils formèrent, avec les autres cavaliers qui avaient accompagné leur souverain, l'Escadron Napoléon.