«L'uniforme des Mameloucks, dit M. Fiévée[13], était un riche costume turc qui variait, pour les différentes tenues, selon le goût et le caprice de leur commandant. Ils portaient ordinairement le turban bleu à calotte rouge, surmonté d'un croissant en cuivre jaune; la veste, couleur bleu de ciel, taillée à la mode orientale avec olives, galons et passementeries noirs; le gilet était rouge sans passementerie, et la ceinture à nœuds en laine verte et rouge; le pantalon rouge, extrêmement large, dit à la mamelouck, et les bottines jaunes.
«Ils étaient armés d'un sabre à la turque, d'une espingole qu'ils portaient comme la carabine, de deux pistolets et d'un poignard à manche d'ivoire passés dans la ceinture. Ils avaient, en outre, une petite giberne ornée d'un aigle en cuivre jaune suspendue à un baudrier de cuir noir verni.
«Toutes les garnitures d'armes et celles du harnachement du cheval, ainsi que les éperons, étaient en cuivre jaune; la selle à haut pommeau et à dossier; les étriers à la turque.
«L'été, les Mameloucks portaient le pantalon blanc en toile et le turban de mousseline blanche.
«L'étendard, de forme turque, se terminait par une queue de cheval noire, surmontée d'une boule de cuivre doré.»
C'est dans les rangs de cette brillante troupe que comptait Roustam.
Né vers 1780, à Tiflis, capitale de la Géorgie, Roustam Raza était âgé de sept ans, quand, faisant route avec sa mère et ses sœurs, pour retrouver son père établi négociant en Arménie, il fut pris par les Tartares, et sept fois vendu comme esclave. Son dernier maître le conduit à Constantinople, puis au Caire, où il entre, comme Mamelouck, au service de Sala Bey. Emmené par celui-ci, avec cinq cents de ses camarades, en pèlerinage à La Mecque, il trouve, à son retour en Égypte, le Caire occupé par les Français.
Sala Bey dirige alors ses hommes sur Saint-Jean d'Acre, dans le dessein de renforcer les troupes de Djezzar-pacha, défenseur de la ville. Mais, irrité d'apprendre que Sala n'a point livré un dernier combat aux Français, Djezzar l'empoisonne. À cette nouvelle, Roustam se hâte de regagner le Caire, où il entre au service d'un sheik dévoué au général Bonaparte, El Bekri, puis à celui du général lui-même, qui l'emmène en France, et ne se sépare plus de lui, désormais. Roustam couche, en effet, la nuit, dans une chambre voisine de la sienne, et le suit dans toutes ses campagnes.
Aussitôt débarqué à Fréjus, Bonaparte prend le chemin de Paris. Il laisse Roustam voyager à petites journées avec ses bagages et ses gens. À quelques lieues d'Aix, le convoi est attaqué par des brigands que, dans une lettre dont la naïveté paraît avoir fait la joie de Napoléon et de Joséphine, notre Mamelouck désigne à son maître sous le nom d'«Arabes français».
Toute la famille impériale lui donne bientôt des témoignages d'amitié non équivoques: le Premier Consul et son épouse lui prodiguent leurs soins après un grave accident de cheval dont il a été victime; «Mademoiselle Hortense», la future reine de Hollande, fait son portrait pendant sa convalescence, et lui chante de jolies romances pour l'empêcher de s'endormir pendant les poses.