—Oh! répondit-il, j'essaye cette carabine qui me vient de chez Kuchenreicher, de Ratisbonne. Il y avait là-bas, sur la flèche de Strasbourg, un moineau que je viens d'abattre.

Ceux qui connaissent ma passion pour les nobles plaisirs de la chasse ne s'étonneront pas si je leur dis que je sautai au cou de cet excellent tireur. Je n'épargnai rien pour le prendre à mon service: cela va de soi.

Nous poursuivîmes notre voyage et nous atteignîmes enfin le mont Liban. Là nous trouvâmes, devant une grande forêt de cèdres, un homme court et trapu, attelé à une corde qui enveloppait toute la forêt.

—Qu'est-ce que tu tires là, mon ami? demandai-je à ce drôle.

—J'étais venu pour couper du bois de construction, et, comme j'ai oublié ma hache à la maison, je tâche de me tirer d'affaire du mieux que je puis.

En disant cela, il abattit d'un seul coup toute la forêt, qui mesurait bien un mille carré, comme si c'eût été un bouquet de roseaux. Vous devinez facilement ce que je fis. J'eusse sacrifié mon traitement d'ambassadeur, plutôt que de laisser échapper ce gaillard-là.

Au moment où nous mîmes le pied sur le territoire égyptien, il s'éleva un ouragan si formidable que j'eus un instant peur d'être renversé avec mes équipages, mes gens et mes chevaux, et d'être emporté dans les airs. A gauche de la route il y avait une file de sept moulins dont les ailes tournaient aussi vite que le rouet de la plus active fileuse. Non loin de là se trouvait un personnage d'une corpulence digne de John Falstaff, et qui tenait son index appuyé sur sa narine droite. Dès qu'il eut aperçu notre détresse et vu comme nous nous débattions misérablement dans l'ouragan, il se tourna vers nous, et tira respectueusement son chapeau avec le geste d'un mousquetaire qui se découvre devant son colonel. Le vent était tombé comme par enchantement, et les sept moulins restaient immobiles. Fort surpris de cette circonstance qui ne me semblait pas naturelle, je criai à l'homme: