LE «DÉSESPOIR DU SINGE»
Je n'avais pas vu Penfentenyou depuis 189., alors qu'il était ministre des Chemins et des Bois dans la première Administration de De Thouar. L'été dernier, quoique nominalement il détînt le même portefeuille, il était, sauf de nom, le Premier de sa Colonie[28] et l'idole de sa province, laquelle a deux fois et demie la taille de l'Angleterre. En matière politique, ses convictions se bornaient à voir prospérer sa colonie, et c'est pourquoi il s'en vint en Angleterre développer une Grande Idée au profit d'icelle.
[28] Nous supposerons qu'il s'agit du Canada, colonie de plusieurs provinces. Ainsi se trouveront expliqués les noms français.
Croyant qu'il avait mis cette idée en train, je m'empressai de l'accueillir chez moi pour une semaine.
S'il fut poursuivi en automobile jusqu'à ma porte par son propre Représentant Général[29]; s'ils changèrent mon cabinet de travail en Chambre de Réunion, où je n'eus pas mes entrées; si le télégraphe de l'endroit faillit rester court sous l'affluence des câblogrammes chiffrés de cent mots, et si, en fin de compte, je violai le domicile d'autrui pour procurer au personnage les facilités du téléphone un dimanche, ce sont choses que je passe sous silence. Ce que je lui reprochai, ce fut son ingratitude, tandis que je mettais de cette façon l'Angleterre en pièces pour lui venir en aide. Aussi lui dis-je:
[29] Toute colonie anglaise possède à Londres un représentant général.
«Pourquoi diable n'êtes-vous pas allé voir votre Alter Ego de Londres, au lieu d'apporter votre travail de bureau ici?
—Hein? Qui? fit-il, enlevant les yeux de dessus son quatrième câblogramme depuis le déjeuner.
—Voir le ministre anglais des Chemins et des Bois.
—Je l'ai vu,» répondit Penfentenyou, sans enthousiasme.