«Maintenant, je vais sortir et m'adresser à vos victimes de ce village.
—N'allez-vous pas trouver qu'il fait un peu chaud? demanda le Gouverneur. Ils font généralement la sieste jusqu'au coucher du soleil, à cette époque de l'année.»
Les grosses lèvres pendantes de Mr. Groombride firent mine de se serrer.
«Cela seul, répondit-il, en appuyant sur les mots, suffirait à me décider. Je crains que vous n'ayez pas tout à fait saisi le sens de vos instructions. Puis-je vous demander d'envoyer chercher mon interprète? J'espère qu'il n'a pas été travaillé par vos subordonnés?»
C'était un garçon olivâtre, appelé Abdul, qui avait bien mangé et bien bu en compagnie de Farag. L'Inspecteur, soit dit en passant, n'assistait point au repas.
«A tout risque, je m'en vais sans escorte, dit Mr. Groombride. Votre présence les gênerait pour faire leurs dépositions. Abdul, mon bon ami, voulez-vous avoir l'extrême bonté d'ouvrir le parasol?»
Il suivit la passerelle jusqu'au village, et, sans plus de préambule qu'un piquet de l'armée du Salut dans quelque mauvaise rue de Portsmouth, cria:
«O mes frères!»
Il ne devina pas comment la voie lui avait été préparée. Le village était bien éveillé. Farag, en vêtements lâches, flottants, n'ayant rien du khaki et des puttees du piqueur, était appuyé contre le mur de la maison de son oncle.
«Venez, cria-t-il d'une voix mélodieuse, voir l'affligé de Dieu, dont les traits, oui-da, ressemblent à ceux de Bigglebai.»