—Est-ce qu'il le sait?—demanda le boy, lequel était au courant des façons de la gent canine.

—Garm, fis-je, la prochaine fois, on vous lavera en même temps que Vixen.»

Je vis que Garm avait compris. En effet, au jour de bain suivant, tandis que Vixen se sauvait comme d'habitude sous mon lit, Garm fixa les yeux sur le boy, qui se tenait quelque peu indécis dans la véranda, marcha noblement jusqu'à la place où on l'avait lavé la dernière fois, et se tint roide dans le tub.


Mais les longues journées de mon bureau furent pour lui une amère épreuve. Nous partions tous les trois en voiture le matin, à huit heures et demie, pour ne rentrer qu'à six heures au plus tôt. Vixen, instruite de cette routine, s'en allait dormir sous ma table; mais, pour Garm, la réclusion lui rongea l'âme. Il restait généralement assis dans la véranda, l'œil au guet sur le Mail; et je savais trop bien ce qu'il attendait.

Parfois une compagnie de soldats s'avançait, en route pour le Fort, et Garm roulait les inspecter; ou bien un officier en uniforme entrait au bureau, et c'était pitié de voir la fête que faisait le pauvre Garm à l'habit—non pas à l'homme. Il sautait tout autour, reniflait et aboyait joyeusement, puis courait à la porte et revenait.

Un après-midi, je l'entendis aboyer à pleine gorge—chose que je ne l'avais pas encore entendu faire—et il disparut. Lorsqu'à la fin du jour je rentrai en voiture dans mon jardin, un soldat en uniforme blanc escalada le mur à l'autre bout, et le Garm qui vint à ma rencontre était un chien joyeux. Le fait se reproduisit deux ou trois fois par semaine dans le courant d'un mois.

Je fis semblant de ne rien voir, mais Garm savait, et Vixen, aussi, savait. Il se glissait hors du bureau vers quatre heures, comme s'il allait regarder le paysage; mais c'était pour retourner à la maison; et il faisait cela si tranquillement que sans Vixen je ne m'en serais pas aperçu. La jalouse petite chienne reniflait et ronflait sous la table, tout juste assez haut pour appeler mon attention sur la fuite. Garm aurait pu sortir quarante fois par jour, sans que Vixen bougeât, mais, lorsqu'il s'esquivait pour aller revoir son vrai maître dans mon jardin, elle me le disait en son langage. C'était sa seule façon de marquer que Garm ne faisait pas tout à fait partie de la famille. Ils se montraient, en tous temps, les meilleurs amis de la terre; mais Vixen expliquait que Garm, je ne devais jamais l'oublier, ne m'aimait pas autant qu'elle m'aimait.

Je n'y comptais nullement. Le chien n'était pas mon chien—ne pourrait jamais devenir mon chien—et je le savais tout aussi malheureux que son maître, lequel faisait à pied huit milles par jour pour le voir. Aussi me sembla-t-il que plus tôt ils seraient tous deux réunis, mieux cela vaudrait pour tout le monde.

Un après-midi, je renvoyai Vixen seule à la maison dans le dogcart (Garm était parti devant), et m'en allai à cheval aux cantonnements trouver un autre de mes amis, Mulvaney, soldat irlandais, grand ami du maître du chien.